C’est dans un hôtel de Saint-Germain-des-Prés, que celui qui a toujours voulu briller sous les projecteurs des plus grands stades de foot, me donne rendez-vous. Certains le nomment le « Christophe Rocancourt du foot », comme indiqué sur la quatrième de couverture de son premier livre « Pro à tout prix », d’autres y voient plus un remake du film « Arrête moi si tu peux » où Leonardo Di Caprio incarne un jeune homme prêt à tout pour devenir quelqu’un, y compris se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Entre faux CV, articles de presse bidouillés et publiés sur son site internet, le jeune Grégoire est lui aussi prêt à tout pour réaliser son rêve, devenir footballeur professionnel. Une histoire sur laquelle il revient sans concession, évoquant ses plus grandes tromperies, ses réussites, mais également ses nombreux échecs. Sa vie est un film, reste à savoir ce qui relève de la fiction et de la réalité : 




  • Salut Grégoire, comment tu vas?

Grégoire Akcelrod : Ça va, en pleine forme ! Je réponds à beaucoup de sollicitations, j’en ai sept en deux jours au moment où on se parle, donc il faut être préparé comme un joueur de foot professionnel ! Pour moi c’est une surprise car je ne savais pas comment le livre allait être accueilli et si il allait marcher. Donc quand je me vois en deuxième position des ventes sur Amazon dans le secteur sport c’est quand même une fierté. Pour moi, le plus important c’était de transmettre mon expérience donc c’est ultra positif.

  • On t’a souvent traité de menteur, d’usurpateur, est-ce que lors de cet entretien tu t’engages à nous dire toute la vérité, rien que la vérité ? 

G.A : Je vais raconter la réalité, tout ce qui s’est passé est 100% vrai ! J’ai tous les documents, j’ai toutes les photos, toutes les preuves, et tant mieux ! Heureusement j’ai tout gardé.

  • Donc aujourd’hui ton CV est authentique ?

G.A : Oui complètement. Et le livre n’est pas à ma gloire, il raconte l’histoire d’un jeune qui a un rêve complètement fou, c’est devenir footballeur professionnel alors qu’il est bidon au foot.

  • On va revenir dessus justement pour ceux qui ne te connaissent pas. Ta vie c’est un peu un film jusqu’ici, faut que tu nous dévoiles son synopsis…

G.A: C’est l’histoire d’un jeune qui a un rêve complètement fou, c’est devenir footballeur professionnel. Il est tellement nul que son père lui interdit de jouer à l’âge de 10 ans, mais il a une qualité, c’est d’être malin. Il va donc inventer un faux site internet, se faire prendre en photo sur la pelouse du Parc des Princes comme les pro, et réussir à convaincre beaucoup d’agents et de clubs dans le monde entier … Pour connaître la suite il faut lire le livre.

  • Comment est née cette volonté de devenir joueur de foot professionnel ?

G.A : Pour moi il y a deux raisons. La première c’est que ma grand-mère est restée 15 ans avec Maurice Chevalier qui était quand même l’une des plus grandes stars françaises et qui a eu un Oscar à Hollywood. Elle me racontait toujours son aventure, il partait de rien, il était acrobate, il s’est raté, après il a fait des one man show et ensuite il a fini à Hollywood. Et moi j’ai toujours été touché par cette histoire et je ne voulais pas que la mienne ressemble à celle de mon père. J’étais prédestiné à faire Harvard comme lui et reprendre l’entreprise familiale mais moi je ne voulais pas ça, je voulais une vie passionnante. Donc quand à 10 ans mon père m’a dit qu’il ne voulait plus que je joue au foot et que je retourne sur un terrain je lui ai dit « tu verras papa tu t’es trompé sur moi et je deviendrai footballeur professionnel ! ». Même si je n’avais aucune chance, le challenge était tentant. Mes seuls moments de bonheur étaient ceux que je passais dans mon jardin avec mon ballon. Donc quand il m’a empêché de jouer avec mes amis il m’a privé de mon bonheur et ça m’a marqué, il y a clairement eu une rupture dans ma vie. J’ai donc voulu lui montrer qu’il avait tort.

  • C’est quoi le déclic qui t’a poussé à te lancer dans cette aventure ?

G.A : C’était une succession de hasards et de coïncidences. Au départ, je suis à Bécon les Granits à 17 ans, je suis toujours interdit de jouer au foot, je joue en costume cravate avec des runnings pendant la récréation. Un été je me suis crée un faux blog, celui du brésilien Ronaldo, le top du top, et j’ai pris un article de l’Equipe sur Anelka qui disait que les plus grands clubs du monde s’intéressaient à lui. Et moi j’ai changé « Anelka » par « Akclerod » et je l’ai envoyé à tous mes potes et tout le monde avait rigolé. Sauf que l’année d’après quand j’ai envoyé des lettres aux plus grands clubs anglais comme Arsenal ou Manchester City, un club de D2 m’a invité deux jours à l’essai après avoir tapé mon nom sur internet. En tombant sur mon article, ils ont vraiment cru que j’étais demandé par les plus grands clubs européens. Je suis donc passé d’un terrain en béton d’amateur à un stade de professionnel avec 30 000 places. J’étais complètement nul, mais pour moi c’est incroyable et je voulais absolument revenir et progresser pour jouer contre les meilleurs.

  • Quand tu envoyais ces courriers aux clubs professionnels que tu évoques, c’était pour rigoler ou c’était sérieux ?

G.A : Pour moi la vie c’est un jeu donc j’étais complètement déconnecté. Même si Arsenal m’avait mis à l’essai j’y serais allé. Le problème c’est que le club de D2 m’a mis à l’essai avec les pro alors que je n’étais qu’un jeune complètement perdu qui jouait à Bécon les Granits ..

  • Dans ton livre, tu racontes que lors de ton premier essai en Angleterre tu t’es vraiment tapé la honte en voulant contrôler la balle de la poitrine mais tu l’as finalement prise en pleine tête… 

G.A : Oui, tout le monde rigolait dans le stade, j’étais vraiment pas au niveau… L’entraineur a gardé onze joueurs sur les vingt-deux, je n’en faisais évidemment pas partie mais bon, je ne voulais pas rentrer chez moi alors je suis allé à l’hôtel et j’ai regardé toute la nuit des matchs de foot pour analyser le placement des joueurs etc… Le lendemain, je retourne au stade et l’entraineur se demande pourquoi je suis là alors qu’il ne m’a pas gardé. J’ai fait semblant d’avoir entendu mon nom la veille, que j’avais pris une chambre d’hôtel exprès et que j’avais retardé mon train. Il m’a gardé et m’a fait jouer vingt minutes et elles se sont plutôt bien passées cette-fois.

  • Et pourquoi avoir choisi ce chemin-là, plutôt que la voie classique qui t’aurait permis d’essayer de gravir les échelons du football amateur jusqu’au niveau professionnel ?

G.A : Parce que je pense qu’en France, le CV est plus important que les qualités et que si on a pas fait un centre de formation on est bloqué toute notre vie. Aujourd’hui, à notre époque, les N’Golo Kanté, les Mahrez, ils n’ont pas fait de centres de formation et ils ont eu leur chance. Moi à mon époque, tout le monde disait que je n’avais pas fait de centre donc que je ne pouvais pas être bon. Et je savais au fond de moi que je ne serai jamais professionnel en France, et comme j’étais français et que j’habitais en région parisienne, je devais trouver des clubs pour continuer d’évoluer.

  • A aucun moment tu t’es dit que ça n’allait pas fonctionner et que la marche était trop haute après le premier essai ? On t’imagine bien loin des Mahrez et Kanté quand même …

G.A : Non parce que les clubs font des essais toute l’année, parfois des dizaines par an et ils trouvent une pépite et des joueurs moyens, comme moi, donc dans le pire des cas il disaient que j’étais moyen et je ne risquais pas grand chose.

  • Et donc dans le livre on se rend compte que tu as adopté un vrai mode de vie de footballeur de haut niveau avec en tête l’idée d’en devenir un vrai. Comment tu as fait ?

G.A : Oui, c’était devenu mon obsession, clairement. Je récupérais des programmes d’entraînement de joueurs professionnels pendant les essais, et je les réalisais tout seul quand je rentrais chez moi. Et puis j’adorais aller dans des grands clubs. Pendant l’année je m’entrainais avec des clubs pourris de district et pendant les vacances j’allais à l’essai dans les grands clubs. Je faisais vraiment les deux extrêmes.

  • Comment réagissaient tes coéquipiers et tes amis quand tu leur disais que tu allais faire des essais dans des clubs de D2 anglaise ?

G.A : Au début je leur ai dit et ils pensaient que je mentais donc j’ai préféré ne plus rien dire à personne, y compris ma famille. Personne n’étais au courant sauf les gens qui lisaient mon site internet. J’en parlais seulement à ma grand-mère qui ne connaissait rien au foot, et qui me demandait pourquoi je ne faisais pas plutôt Harvard. Sauf que je n’en avais pas envie, c’était trop tôt, je voulais d’abord être footballeur. Elle me prenait pour un fou, mais tant qu’elle voyait que j’étais honnête et que je m’amusais, elle était contente.

  • Tu me disais que tu avais réalisé 22 essais dans 19 pays sur les 5 continents, si tu devais garder le meilleur souvenir de cette période, ce serait lequel ?

G.A : Le meilleur moment sur le terrain c’est quand je retourne la deuxième fois à Swindon, que je suis élu homme du match après avoir marqué deux buts, dont un lob incroyable devant les caméras de Sky Sport. Pour moi c’était vraiment le meilleur moment sportif. Même quand le match se termine, tout le monde me disait que j’allais signer donc pour moi c’était fait. Le problème, c’est que je ne savais pas que l’entraineur allait prendre son fils à ma place …

 

Et le meilleur moment pour moi c’était d’aller faire un essais au Sydney FC. J’avais un agent complètement véreux qui m’avait demandé de venir à Sydney pour réaliser un essai à Melbourne. J’avais fait 32 heures d’avion, j’arrive défoncé et il me fait faire un foot tout de suite alors que je ne pouvais même plus faire un footing. Finalement, j’arrive à rencontrer par hasard le voisin de l’hôtel où je séjournais qui était le président du Sydney FC, et ça c’est le destin qui a souvent été positif avec moi. Et le président arrive finalement à convaincre le coach de l’équipe première de me prendre à l’essai. Après ils ne m’ont pas choisi mais ça ce sont les choix de l’entraineur. J’ai dû finalement rechanger mon billet d’avion, et ça m’a bien couté au moins 4000 euros pour tout le séjour …

  • Et le pire souvenir de cette période ?

G.A : Là j’en ai deux … Premièrement la Chine. J’avais une proposition de contrat pour jouer dans un club de D2 chinoise après une saison au Canada. Je ne l’accepte pas, car un agent me propose un essai pour jouer en D1 chinoise, donc avec Drogba et Anelka dans le championnat à l’époque. Je l’accepte et quand j’arrive là-bas, je me présente au coach qui m’introduit à toute l’équipe, je suis en pleine confiance, pour moi j’allais signer. J’avais sur mon CV mon contrat avec un club professionnel du Canada pour lequel j’ai joue deux saisons donc j’étais professionnel sur le papier. Malheureusement pendant un déjeuner, j’arrive au buffet et comme je suis super fragile je fais attention. Je prends un peu de riz et de la viande que je trouve super bonne. Je demande au traducteur ce que c’est et là il me fait « ouaf ouaf » .. Je commence à être mal, et là il me dit « dog » en rigolant… Je me lève et je retourne dans ma chambre, j’ai été malade pendant 3 jours, impossible de jouer, de manger ou de boire, j’étais vidé. Ils m’ont demandé de m’entraîner le lendemain, ils ne me croyaient pas. Evidemment je n’ai pas été pris.

Le pire du pire, c’est en Bulgarie au CSKA Sofia. À cette époque, j’évolue en amateur, avec la 5ème équipe du PSG mais je continue de faire des essais un peu partout. J’ai un agent argentin qui m’envoie à Sofia, après m’avoir vu deux jours en essai en Argentine avec le Club Atletico Tigre. En Bulgarie, je fais un super essai où le club du CSKA me propose un contrat de 3 ans et 15 000 euros par mois ! Je suis super heureux et le dimanche soir, ils viennent dans ma chambre d’hôtel faire une photo officielle, avec le maillot donc c’est la folie, c’est bon, je vais signer ! J’appelle tout le monde pendant la nuit, et le lendemain matin, en allant au petit déjeuner, je vois les journaux bulgares avec ma tête en une. Donc c’est très chaud, et il n’y avait que deux solutions, soit ils pensaient avoir signé le nouveau Messi, soit ils ont découvert que j’étais en équipe 5 au PSG, et là c’est chaud ! Et en fait, c’était la deuxième solution, donc personne ne me parle au sein du club sauf pour me dire qu’un taxi m’attend et que je dois renter à Paris. Je n’ai pas pu avoir d’explications à l’époque, mais j’ai appris par la suite que c’était des supporters du PSG qui m’avaient balancé sur un forum en disant à un fan du club Bulgare que j’étais un imposteur, une arnaque. Le supporter a prévenu le club dans la nuit, et ça a détruit la possibilité de signer et de peut-être jouer la Ligue des Champions… J’avais fait le boulot sur le terrain mais ce sont des gens extérieurs au club, et à ma vie, qui ont détruit mon rêve…

Retrouvez la suite de notre entretien avec Grégoire Akcelrod et sa relation compliquée au PSG dans le second article de la série qui lui est consacrée.