Nous sommes en pleine trêve internationale : place aux matchs des sélections nationales, comme France-Suède demain (20h45), dernier match des Bleus pour cette année.




Le PSG comme d’autres clubs de Ligue 1, aurait dû pouvoir profiter de cette période pour soigner ses blessés, s’entraîner, ressouder les liens, que ce soit entre eux ou avec Thomas Tuchel.  Mais cela s’est avéré compliqué pour Paris. Pourquoi ? Parce que sur les 26 joueurs que compte le Paris Saint-Germain, 6 sont français. Deux on été convoqués par Didier Deschamps, et sur les 20 restants, beaucoup ont été rappelés par leur équipe nationale… Même si Neymar et Kean sont revenus à Paris – renvoyés au bercail par leurs sélections – cela représente un nombre affolant, conséquence de la liberté de circulation des joueurs internationaux…en place depuis 1995.

  • L’arrêt Bosman, à l’origine de la folie du mercato

L’AJ Auxerre, Nantes, l’Ajax d’Amsterdam, Porto… Vous vous souvenez ? Ces clubs qui tenaient le haut du classement, ces joueurs avec leurs maillots bien trop grands et un marketing presque inexistant ?

C’était avant 1996, lorsque les clubs européens étaient limités à 3 étrangers au sein de leur effectif. Le recrutement à l’extérieur n’était donc pas la priorité pour les équipes françaises, qui misaient tout sur la formation pour avoir les meilleurs joueurs possibles en interne.
Le 15 décembre 1995, tout a changé : la CJCE (Cour de Justice des Communautés Européennes) a rendu un arrêt devenu référence, l’arrêt dit « Bosman » qui a levé la limite du nombre de joueurs étrangers au sein des équipes sportives.

Pour la faire courte, Jean-Marc Bosman, milieu de terrain évoluant au FC Liège souhaitait rejoindre le club (français donc) de Dunkerque. La règle des 3 joueurs lui a été opposé. Il a rétorqué que cette discrimination entre les nationalités européennes était contraire aux règles du droit communautaire : la libre circulation des travailleurs au sein de l’UE, mise en place par le traité de Rome . En dépit des arguments de l’UEFA et de la FIFA, Bosman a obtenu gain de cause. Depuis, malgré lui, son nom est associé à ce qu’on appelle parfois la « mort du football européen », ou en tout cas le point de départ de la folie dépensière des clubs du vieux continent.

En effet, depuis, le football de l’Est a disparu des radars, les Pays-Bas se sont éclipsés, et les français se font dépouiller. Ce sont les plus riches qui réussissent et pas forcément ceux qui forment le mieux.

  • Le recrutement extérieur du PSG depuis 1995

Suite à cette décision, les clubs les plus riches n’ont pas tardé à aligner les billets pour faire venir les meilleurs : d’abord le Real Madrid qui a recruté Roberto Carlos, Zinedine Zidane, Luis Figo ou David Beckham en claquant des doigts. Puis les anglais comme Arsenal, ou Chelsea qui devint même la première équipe de l’histoire à déployer sur le terrain un onze titulaire sans aucun joueur originaire de son pays ! Et en 2010, souvenez-vous de l’Inter Milan qui remporte la Ligue des champions sans aucun italien sur le terrain !

Quid de la Ligue 1 ? 

En France, nos joueurs se sont retrouvés aux quatre coins de l’Europe, car ils étaient extrêmement bien formés et demandés. On ne peut pas dire que ce fut une mauvaise nouvelle : si la France a gagné la Coupe du monde en 1998, c’est aussi parce que depuis deux ans, Zidane et consorts, évoluaient dans des clubs européens et côtoyaient les plus grands entraîneurs et co-équipiers du vieux continent.

En revanche pour le recrutement c’est une autre affaire : il faut des sous.

Zlatan à son arrivée au PSG ! Crédit : Reuters

En 1995, le PSG compte encore dans ses rangs 19 joueurs français ! Le club francilien n’a pas l’argent pour les gros poissons.

Les choses changent en 1996 : Canal Plus devient actionnaire majoritaire et ne va pas lésiner sur les moyens pour se mettre au niveau de ses rivaux.

Le premier gros recrutement post-Bosman est celui de l’italien Marco Simone.
Ronaldinho débarque en 2001, Pauleta en 2004, ainsi que plusieurs pointures françaises. Mais c’est vraiment avec l’arrivée de QSI dans le capital que le recrutement externe du PSG s’enflamme: Leonardo a carte blanche, avec une enveloppe de 100 millions d’euros. Ce sera l’arrivée en fanfare de Pastore en 2011, Ibrahimovic et Silva l’année suivante. La suite, vous la connaissez : Cavani, Luiz, Di maria, Verratti, Neymar jr etc…

 

  • Les conséquences sur la Ligue 1
Classement des joueurs expatriés par clubs en Ligue 1 – CIES

Aujourd’hui l’effectif du club compte 76,3 % d’expatriés contre 7,8 % de joueurs formés au PSG. Ce qui revient à 6 joueurs français, quand l’équipe de Metz par exemple (10ème au championnat), en compte près d’une quinzaine (si on compte les bi-nationaux), le reste étant composé de beaucoup de joueurs africains, « moins chers » aujourd’hui que les brésiliens ou espagnols.

Le PSG devient leader du championnat, en termes d’argent, de qualité de joueurs, de résultats… Mais un grand écart abyssal se crée entre Paris et le reste du classement. Les autres clubs misent encore sur la formation pour rester en L1, lorsque le PSG sort le chéquier. Le rythme est difficile à tenir et Paris est souvent loin devant, avec les autres équipes françaises qui suivent dans un mouchoir de poche.

Mais on voit l’aspect négatif de cette composition avec la trêve internationale : les joueurs du PSG sont éparpillés dans le monde entier, quand ceux des autres clubs vont, pour la plupart, pouvoir récupérer, reprendre la vie de groupe, et se préparer ensemble, à la suite du championnat national et de la Ligue des champions.

Au-delà de Paris, la France dénombre 822 joueurs dans des clubs étrangers en 2019, deuxième du classement, là où elle n’est que 9ème en terme d’importations. Ce qui signifie tout simplement que la France devient un Club de formation géant pour le reste du monde. D’ailleurs l’OL et le PSG sont classés par l’Observatoire du Football CIES  parmi les meilleurs clubs formateurs des cinq plus grands championnats européens.

  • Et les jeunes du centre de formation du PSG alors ? 

Là où certaines écuries françaises se contentent d’améliorer leur politique de formation, le PSG a du mal à garder ses élèves. Evidemment, avec un carnet de chèque comme celui du Qatar, difficile de résister au recrutement des stars. Si on ajoute à cela, la valeur marketing du nom sur un maillot, et le spectacle télévisuel qui demande de plus en plus de visages connus sur le petit écran…

Il devient compliqué pour les dirigeants de garder l’envie de mettre en avant leurs jeunes pousses, autrement que pour des remplacements de blessures.

Le problème vient également du niveau des joueurs étrangers : comment évoluer aux côtés d’un Neymar Jr., d’un Di Maria, d’un Verratti, quand on a 18 ou 19 ans ? Comment trouver sa place dans un groupe constitué pour majorité de co-équipiers non formés au Club ? Et surtout comment résister aux sirènes des autres clubs européens qui viennent faire leur marché ? Prenons les derniers départs en date : Aouchiche (Saint-Etienne) et Kouassi (Bayern Munich). On peut également citer Coman qui est parti à la Juventus, puis à Munich ; ou Nkunku recruté à Leipzig.

Comme l’a déclaré le directeur sportif Leonardo la semaine dernière, dans un live sur le site internet du PSG, c’est un vrai problème pour le club qui a développé une sorte de « culture » de ce départ des jeunes… notamment depuis l’affaire Anelka.

« Le centre de formation a une importance énorme. Nous sommes obligés de faire un contrat de trois ans, au maximum, avec un joueur de 16 ans, donc à dix-neuf ans il est libre et peut décider de partir. C’est un problème. Ce n’est pas pour nous défendre, peut-être que nous aussi on rate des choses. »

En conclusion, le PSG conserve une identité forte grâce à un marketing extrêmement bien organisé, des records de chiffres, des très bons résultats en Ligue 1. Mais que représente aujourd’hui le nom « Paris Saint-Germain » avec une équipe formée principalement de joueurs étrangers ? Comment concilier les impératifs nationaux et internationaux ? Comment conserver les jeunes formés au Centre, quand le club n’a pas spécialement toujours cherché à les retenir ?
Nul ne le sait, pour l’instant ça fonctionne très bien en Ligue 1. peut-être que le nouveau centre de formation changera les mentalités.
Paradoxalement, pour ses 50 ans, le PSG a fait voter ses fans pour élire le meilleur joueur de l’histoire du club, ainsi que son meilleur entraîneur. Les 2500 votants ont élu…le brésilien Raí, et l’italien Carlo Ancelotti. Comme quoi, le PSG c’est quand même sur le maillot, et pas sur le passeport.

 

Crédit image d’illustration : ©Maxppp